Marianne Poncelet
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Yehudi Menuhin, enfant magicien

La vie de Yehudi Menuhin racontée aux enfants


Veux-tu connaître les aventures d'un petit garçon qui rêvait de faire rire et pleurer le monde en jouant du violon ? Alors écoute et découvre avec moi la belle histoire de Yehudi Menuhin.



Ecoutez le texte de Marianne Poncelet raconté par Marie-Pierre Meinzel (56' 38").
Les extraits musicaux joués Yehudi Menuhin sont reproduits avec l'aimable autorisation d'EMI Music.
Vous trouverez la liste des extraits musicaux à la fin de ce texte.

 

Au début du siècle, un couple jeune et blond, romantique et ardent, arrive à New-York. Ils sont nés en Russie, tous deux sont juifs. Ils avaient émigré en Palestine, puis l'ont quittée pour l'Amérique. Du vibrant amour qui unit Moshe Menuhin à Marutha Sher va bientôt naître un petit garçon le 22 avril 1916. Sa maman choisit de l'appeler Yehudi, ce qui en hébreu signifie « le Juif ».

La musique avait précédé sa naissance. Son père chantait constamment des mélodies de sa terre, des mélodies juives, héritage nostalgique des chansons hassidiques. Sa mère attendait la venue de son bébé en rêvant qu'il serait un héros tout droit sorti des épopées cosaques de son enfance.

Aussi, lorsque naît l'enfant blond, son cœur est déjà empreint de musique et de joie. Et quand son père le promène sur ses épaules en lui offrant des cerises, quand sa mère danse sur les airs russes de sa terre natale, une petite voix chante en lui : « comme j'ai de la chance ! ».

D'un naturel romantique, Yehudi est toujours amoureux. Plongé dans un émerveillement permanent, son cœur est constamment occupé. A deux ans déjà, il est épris d'une petite fille qui s'appelle Lili. Elle a son âge et Yehudi ne peut s'endormir sans chanter : « Lili, alja lichon », ce qui dans la langue de ses parents veut dire : « Lili s'est endormie »... Et sur ces quelques notes, il s'endort, un sourire aux lèvres.

Agenouillé devant le feu qui crépite, le petit garçon se pose d'immenses questions, auxquelles personne ne peut répondre : où va le bois quand il est brûlé ? Pourquoi la couleur verte est-elle verte ? Face à ces interrogations constantes, sa maman décide de l'inscrire à l'école.

Le premier jour de classe, Yehudi, assis sur un banc, contemple toute la matinée une petite fenêtre percée dans le mur, juste derrière l'institutrice. Au cœur de cette fenêtre s'agite une branche d'arbre, et le petit garçon voudrait tant y voir se poser un oiseau ! Il l'espère tellement que déjà midi sonne. Il est temps de rentrer. Et lorsque sa maman lui demande ce qu'il a appris à l'école, il ne peut lui parler que d'une fenêtre et d'une branche d'arbre qui attendait son oiseau.

Ce fut le premier et le dernier jour qu'il alla à l'école. Désormais, les professeurs viendront à la maison. Ils enseigneront les langues, la littérature et la musique à Yehudi, ainsi qu'à Hepzibah et Yaltah, les deux petites sœurs qui bien vite ont suivi sa naissance. Il faut dire qu'en ce temps-là, l'école n'était pas obligatoire. Le père de Yehudi enseigne l'hébreu. Il n'hésite pas à consacrer ses quelques économies à l'éducation de ses enfants en engageant des professeurs. Et Marutha Menuhin tisse un nid d'amour autour des trois petits.

A San Francisco, où la famille Menuhin s'est établie, les jeunes parents emmènent leur petit Yehudi aux concerts d'après-midi. Il a quatre ans lorsqu'il entend jouer Louis Persinger pour la première fois. Le nez appuyé contre la balustrade, les yeux grand ouverts d'étonnement ravi, le petit garçon s'abandonne au plaisir de la musique. C'est ainsi que surgit en lui ce désir impérieux : posséder un violon et apprendre à en jouer avec Louis Persinger, le Premier Violon de l'Orchestre de San Francisco.

Car Yehudi n'a qu'un rêve, qu'il ressasse dans son lit lorsque les nuits trop noires lui font peur. Il rêve d'apporter le bonheur à la terre entière. Il ne sait pas encore comment s'y prendre, mais il est convaincu d'une chose : avec un violon, il fera naître un sourire, danser un cœur, se tendre une main. Si les mains s'ouvrent les unes aux autres, peut-être arriveront-elles à partager le bonheur ?

Ce violon lointain et irréel, un beau matin, devient réalité. Grâce à sa grand-mère de Palestine qui lui envoie la somme requise pour son anniversaire, il peut le tenir entre ses mains et recevoir ainsi ses premières leçons sous la tutelle attentive de Louis Persinger.

Bien sûr, il veut jouer le mieux du monde. Bien sûr, grâce au violon, il gagnera de quoi vivre. Mais de plus, avec lui, il pourra aider tous ceux qui l'entourent, partager la joie et la douleur, jeter un pont entre tous les humains. Car Yehudi ne fait pas de différence entre les couleurs, les religions ni les âges. Pour lui, il est tout à fait normal d'être différent : tous les êtres appartiennent à la grande forêt humaine. A-t-on déjà vu des forêts faites d'un seul arbre, toujours le même ? Non, bien sûr... Quel ennui ce serait de ne rencontrer qu'un seul et même oiseau sur tout un territoire, ou une seule et même fleur dans un jardin !

Un jour enfin, pour la toute première fois, le petit garçon peut jouer devant un public. Il a cinq ans. Sa mère l'accompagne au piano dans le menuet en sol majeur de Beethoven. Le menton appuyé contre son violon, les yeux perdus dans une indicible extase, Yehudi sourit. Ses doigts dansent sur les cordes et virevoltent comme des ailes d'oiseau.  Emporté par la musique, il s'évade sur une autre planète faite de grâce et de mélodie. Ce jour-là, l'enfant fut très fier de sa mère, mais elle le fut plus encore de son petit garçon qui jouait avec tant de passion et de joie, tant de fraîcheur et d'abandon.

Il a sept ans lorsque le compositeur Ernest Bloch vient frapper à sa porte en lui offrant l'Avodah. Cette œuvre qu'il vient de composer, il la dédie à l'enfant. C'est là un geste bien symbolique puisque Avodah signifie « travail béni de Dieu ». Il annonce le travail de toute une vie... Dès lors, Yehudi a trouvé sa voie. Il ne la quittera plus. A force de passion, de discipline, de travail régulier et de dévotion, il deviendra cet artiste merveilleux qu'on appellera plus tard « le violon du siècle ».

Le 29 février 1924, il fait ses débuts officiels avec l'Orchestre Symphonique de San Francisco et Louis Persinger. Il a huit ans. L'année suivante, il interprète la Symphonie espagnole de Lalo sous la direction de Alfred Hertz. A l'issue du concert, celui-ci, subjugué, prend l'enfant dans ses bras et l'embrasse de toutes ses forces tandis qu'éclatent les applaudissements.

Pourtant, c'est un autre violoniste, George Enescu, qui va séduire Yehudi. Les cheveux noirs et la prestance d'un prince Tsigane, un violon qui s'envole avec les oiseaux du ciel ou qui s'embrase comme le feu dans une nuit noire, voilà ce que cet homme libre et plein de fougue lui révèle. Yehudi, qui découvre Enesco pour la première fois aux Etats-Unis lors d'un concert, ne l'oubliera jamais.

Certains êtres croisent nos routes dans un but bien précis. On en ignore souvent la raison au moment même, mais le destin quelque temps après se charge de nous informer. En 1926, la famille Menuhin entame sa première traversée de l'Atlantique et s'installe à Paris, 96, rue de Sèvres. C'est là que le petit violoniste retrouve George Enesco et le supplie de devenir son professeur. C'est avec lui qu'il découvre le pouvoir de la musique, ainsi que la valeur de l'amitié.

A la fin de l'été 1927, Enesco emmène Yehudi dans les Carpathes, dans sa Roumanie natale, afin de lui enseigner le secret des notes qui chantent. Dans la campagne sauvage et parfumée, le petit garçon découvre l'âme du peuple roumain. Pour la première fois, il rencontre aussi ces Tsiganes qui le fascinent et dont le violon rivalise avec le vent ou le chant des oiseaux.

Initié par Enesco, il repart ensuite vers New-York, à Carnegie Hall, où il donne un concert mémorable. Il joue le concerto de Beethoven et soudain, le voici qui se sent tout petit, bien trop petit pour tout ce bruit qui monte du public comme une vague et qui lui crie : Yehudi, ton rêve nous a gagné.

Désormais, il est béni des dieux. Il entame sa première tournée américaine. Puis c'est le concert de Berlin, le 1er avril 1929. Yehudi va avoir treize ans. Il joue sous la baguette de Bruno Walter trois concertos : Bach, Beethoven et Brahms. Jouer à Berlin, alors capitale musicale du monde dit « civilisé » est une sorte d'apothéose que viennent couronner les mots d'Albert Einstein. Cet illustre savant aux yeux malicieux qui cherchait Dieu parmi les équations mathématiques ne peut s'empêcher de s'exclamer en l'écoutant : « je sais maintenant qu'il y a un Dieu au ciel ! ».

George Enesco lui ayant transmis la flamme de son savoir, il envoie Yehudi à Bâle, en Suisse, chez Adolf Busch. C'est lui qui lui enseignera toute la grandeur, la noblesse et le style de la culture allemande. Ainsi, de professeur en professeur, l'enfant violoniste assimile un enseignement puis le complète, comme autant de pierres colorées qui viennent enrichir la mosaïque de sa vie.

Pourtant, Yehudi revient vers Enesco. Lorsqu'on a rencontré un enchanteur, peut-on vraiment le quitter ? De 1930 à 1935, toute la famille Menuhin s'installe à Ville-d'Avray, près de Paris, afin qu'il puisse reprendre ses cours auprès du violoniste roumain. Dans la maison couverte de glycines et décorée à l'orientale par leur mère comme la tente d'un Khan, Yehudi et ses sœurs poursuivent leur enseignement entre amis et professeurs. Ils retrouvent aussi les plaisirs de la nature qui avait accompagné leur enfance en Californie. Le jeune garçon n'a jamais oublié les couchers de soleil sur l'océan, les phoques qui s'étirent sur les rochers, ou encore les séquoias géants peuplant la vallée sacrée Yosemite des anciens Peaux-Rouges.

Dans la campagne française, il découvre la senteur de l'herbe, les champignons cachés dans la rosée, les mille promenades avec ses sœurs parmi les foins et les fleurs. Il trouve aussi en sa sœur Hepzibah une âme qui fait changer les notes comme lui-même. Les doigts de la petite fille courent sur le piano. Ses notes allègres se mêlent aux accents tendres du violon. Encouragés par Enesco, ils jouent ensemble d'un même cœur, avec un même bonheur, et le public de la Salle Pleyel à Paris s'émerveille en écoutant leurs sonates de Mozart, Schumann, Beethoven, Enesco et Bartók.

Après ce séjour en France où il a assimilé les enseignements d'Enesco, Yehudi fait le tour du monde avec son violon. Car il s'agit bien d'un violon magique qui le fait voyager d'une ville à l'autre, d'un continent à l'autre, un peu comme la lampe d'Aladin ou les tapis volants d'Orient. En un an, il donne plus de 100 concerts dans 63 villes et 13 pays différents, suscitant toujours le même émerveillement partout où il passe, comme s'il était un enfant venu d'une autre planète, égaré chez nous pour nous aider à nous réveiller à travers la musique. Un enfant venu d'ailleurs pour nous offrir ses plus beaux rêves.

Car Yehudi aime rêver. En rêvant, il construit l'avenir. Les rêves sont des graines qu'il faut lancer droit devant soi, pour que lorsqu'on arrive un peu plus loin, ce rêve ait pris racine et devienne un arbre magnifique. Tout ce qu'il lui arrive de beau dans l'existence, ses grands yeux bleus l'ont rêvé plus tôt.

Bientôt Yehudi, qui a grandi, puisque nous sommes en 1938 et qu'il a 22 ans, rencontre une belle Australienne, Nola, qu'il épouse et qui lui donne deux enfants : une petite fille nommée Zamira et un petit garçon : Krov. Ce mariage sera source de courts bonheurs, mais aussi de profondes blessures car Nola et Yehudi peu à peu s'éloignent l'un de l'autre. Plongé dans sa tristesse, c'est auprès de son violon qu'il se console. Lorsque l'âme pleure, la musique est une douce amie.

Pourtant le bonheur ne veut pas vraiment le quitter. Avec son sourire qui vous donnerait la terre entière et ses grands yeux bleus candides qui ont l'air de croire à l'impossible, Yehudi attire la chance et la bonté. Il rencontre une séduisante ballerine, Diana Gould, qui renoncera à sa carrière pour la plus belle des danses, celle de l'amour et de la maternité. Compagne rêvée, compagne tant attendue, elle sera pour lui le soutien de toute une vie. De ce second mariage vont naître deux garçons : Gérard et Jeremy, prolongements de la fibre artistique de leurs parents puisque l'un deviendra écrivain et l'autre pianiste.

Entre temps, la seconde guerre mondiale a éclaté, menaçant le rêve de Yehudi, qui repart avec son violon pour se battre contre les forces noires de la souffrance. Il donne plus de 500 concerts en Amérique, dans les Iles du Pacifique et en Angleterre, dans les hôpitaux et dans les bases militaires. Par sa musique, il soulage les douleurs et le désespoir des combattants. A la fin de la guerre, il retourne en Allemagne pour une tournée de récitals dans les camps de concentration libérés et dans les camps de réfugiés. Quand Yehudi joue devant les soldats, c'est un peu de paix et de tendresse qui entre dans leurs vies de misère. Le seul instant qui permette un sourire. Il porte ensuite la musique en Israël, comme un pont d'espoir tendu vers l'avenir, essayant d'atténuer les blessures du passé.

Une fois estompée l'ombre de ces temps douloureux, Yehudi part pour l'Inde, accompagné de Diana. Guidé par le Pandit Nehru, il découvre alors un univers aux multiples splendeurs, aux couleurs et aux senteurs raffinées. C'est là qu'il s'initie au yoga et à ses bienfaits. Désormais, la tête en bas et les pieds en l'air, il concevra ses propres exercices d'assouplissement du corps, indispensables pour jouer du violon avec plaisir et légèreté. C'est l'Inde aussi qui lui fait comprendre les séductions innocentes de la vie, les couleurs, les épices, les parfums, la nature débordante et ces mélopées lancinantes qui relient l'âme à l'infini des chaudes nuits étoilées.

Yehudi visite la terre entière avec un même bonheur. Son violon lui ouvre les portes de tous les cœurs. Il partage la musique de tous les pays, de tous les styles, adaptant son âme à chaque endroit comme les cordes de son violon s'accordent selon ses doigts. Et puis il vibre, et cela suffit pour déclencher un courant d'amour. Il va ainsi à la rencontre du célèbre joueur de sitar, l'Indien Ravi Shankar, ou encore du musicien de jazz, Stéphane Grappelli. De Moscou à Pékin, il encourage les échanges entre musiciens, force les frontières qu'il considère comme des murs inutiles, et tend la main à ses frères humains.

Entre temps, infatigable magicien, il s'invente un nouveau monde. Il transforme son archet en baguette et devient chef d'orchestre. C'est tellement plus facile à faire comprendre la musique aux autres quand on l'a jouée soi-même. Il dirige ainsi les orchestres les plus connus du monde, mais la première fois qu'il monte sur la scène sans violon, Yehudi est quand même un peu intimidé : les musiciens de l'Orchestre Symphonique de Dallas sont là, tous l'attendent, assis devant leurs partitions. Puis tout à coup, la baguette s'agite et avec elle les musiciens s'envolent et dansent dans la musique. Yehudi est très content, son rêve une fois de plus devient réalité. Il n'y a qu'à voir les sourires épanouis des musiciens. Sous sa baguette, toutes les partitions s'aèrent et secouent leur poussière. La musique retrouve son enfance...

Pour ses quarante ans, il crée son propre Festival en Suisse. Il dirige également le Festival de Bath en Angleterre, dont l'orchestre portera son  nom. Quelques années plus tard, il ouvre une école près de Londres, pour les jeunes enfants désireux d'approfondir leurs talents musicaux. Il se souvient qu'il a eu tant de chance, il a tant aimé son premier violon qu'il veut partager cette aventure avec d'autres enfants. Dans son école, les enfants font ce qu'ils veulent, et puisqu'ils veulent faire de la musique, cela se passe vraiment très bien. « Je ne demande jamais à un enfant de m'imiter et surtout pas au violon » dit Yehudi. « Je lui propose des solutions, je joue pour lui, et si par hasard mon jeu l'inspire, il l'adapte à ses propres moyens. Mais c'est lui qui choisit ». C'est l'enfant qui choisit, comme lui a toujours pu choisir.

Il fonde également une Académie à Gstaad, en Suisse, pour les élèves un peu plus grands qui viennent du monde entier pour se perfectionner au violon. Ainsi, partout où il passe, Yehudi laisse des cercles de lumière, autant de vibrantes lucioles qui viennent illuminer de musique les campagnes et les villes silencieuses.

Un jour, il décide de prendre des vacances pendant une année. Il les abien méritées, depuis le temps qu'il s'obstine à établir son rêve. Mais quand un violoniste un peu magicien s'arrête de travailler, toutes sortes d'idées lui passent par la tête. Toutes celles auxquelles il n'avait pu penser quand il était occupé. Et donc, à l'issue de ce congé, il y a mille fois plus de choses à faire : c'est à cette époque que Yehudi crée Live Music Now. LMN, ce sont des lettres qui se suivent dans l'alphabet et ces lettres sont en mouvement, comme la musique doit l'être. A partir de ces lettres naît donc tout un mouvement de « musique vivante aujourd'hui » qui existe à présent dans plusieur pays d'Europe. Il regroupe de jeunes musiciens qui s'en vont répandre la musique à travers tous les publics, surtout ceux qui n'ont pas assez d'argent pour aller dans les salles de concert : les malades dans les hôpitaux, les prisonniers, les jeunes dans les écoles, les personnes âgées dans les homes. Ces jeunes musiciens vont même jusque dans les villages les plus reculés, car tel est le souhait du violoniste : la musique est un cadeau, elle est bonne pour le cœur et soigne les âmes. Alors, pourquoi ne pas l'offrir à tous ?

Entre deux concerts, il est nommé Sir puis Lord par la Reine d'Angleterre : deux titres honorifiques qui viennent consacrer son aura de musicien universel. Il écrit également plusieurs livres sur l'art de jouer du violon, et même un conte pour ses amis les enfants, où les Rois, les Comptables, les Violonistes et les Chats vivent ensemble en toute simplicité.

Car il faut dire que Yehudi s'est fait de nombreux amis grâce à son violon magique. Les Rois, les Reines, les Chefs d'Etats sont tous heureux de l'accueillir dans leurs palais ou dans leurs résidences. Non seulement il a joué le double concerto de Bach avec la Reine Elisabeth de Belgique, mais il a également fait du yoga avec cette dame merveilleuse qui aimait tant la musique.

Des compositeurs célèbres lui ont dédié des œuvres, tels que Bloch ou Bartók. Son cœur est assez vaste pour aimer les grands de ce monde, mais aussi les plus humbles. Ainsi, il n'hésite pas à donner un concert de bienfaisance pour un jeune Algérien qui lutte contre la sécheresse du désert. Toutes les causes qui visent à améliorer notre pauvre terre le passionnent.

En 60 ans, il réalise plus de 300 enregistrements. Pourtant, dit-il, « si j'avais quarante ans et l'expérience de mes 80 ans, je réenregistrerais tout. Mais à mon âge, je me contente de transmettre à mes élèves mes nouvelles idées ou de jouer à travers leurs mains ». Tel est le résultat d'une vie passée non seulement à rêver et à faire ce que l'on aime, mais aussi à travailler beaucoup et sérieusement. A écouter son intuition et à suivre sa voie. Comme un oiseau qui sait qu'il doit voler, Yehudi savait depuis son enfance qu'il devait jouer du violon. C'est cette intime conviction qui le poussera à travailler toujours plus et mieux afin d'atteindre son bel idéal : servir la musique.

Chef d'orchestre et violoniste, Yehudi prend si souvent l'avion qu'il peut observer à sa guise les reliefs de la terre. Et ce qu'il voit de là-haut l'attriste beaucoup. Notre belle planète bleue devient grise. Tant de fumées l'étouffent, tant de guerres la blessent, si peu d'amour l'entoure... Alors il décide d'établir un Fonds en Suisse, chargé de prévenir et soulager les souffrances en collaboration avec la Croix-Rouge. C'est le Fonds Mozart. Le premier rôle de la musique n'est-il pas de servir la vie ?

Parce qu'il croit à l'harmonie entre les peuples malgré la peur et la méfiance, il est nommé Ambassadeur de bonne volonté à l'Unesco. Refusant de céder sous le poids des malheurs de la terre, Yehudi multiplie alors les interviews, les articles et les conférences au nom de la bonne volonté. Tel est le chemin d'un sage humble et fort qui ne renonce pas, qui continue de poser sur le monde un regard bleu sans juger.

Au fond de son cœur pourtant, il sait que son voyage n'aura qu'un temps. Un jour, comme un oiseau, il s'envolera dans la lumière pour découvrir d'autres planètes peut-être plus bleues que la nôtre. Avant de s'en aller, il aimerait tant que son rêve ait semé d'innombrables graines qu'il serait désormais impossible d'arracher. La dernière semence qui a germé, c'est sa Fondation internationale dont le siège se trouve en Belgique. Elle est chargée de poursuivre la grande entreprise de sa vie : donner une voix à ceux qui n'en ont pas, et surtout aux enfants. Que par la musique et tous les arts, ils plantent des arbres de paix sur cette planète qui en a tant besoin. C'est ainsi que naît le projet MUS-E, dont le but est de prévenir la violence et le racisme à travers les arts, tout en faisant éclore au cœur de chaque enfant les talents qui sommeillent.

Yehudi sourit. Il a encore tant de projets en tête qui n'attendent qu'une bonne volonté pour se concrétiser. Il sait aussi que son rêve est en bonne voie, malgré les menaces d'un avenir incertain. Peut-être en vérité les voix des enfants chantant en chœur arriveront-elles à étouffer les bruits de l'angoisse, de la peur et de l'ambition ?

Amoureux de la vie, Yehudi continue sa route, le violon à la main. Et quand il regarde le soleil qui s'allonge en longues déchirures rouges, quand il salue la pleine lune en soulevant son chapeau, une petite flamme brille dans ses yeux pétillants. Une petite flamme qui lui murmure : « continue de rêver, gentil magicien, ton chemin se poursuivra dans les étoiles... »


  1. Dvořák - Chansons que m'apprenait ma mère - Yehudi Menuhin
  2. Ravel - Kaddish - Yehudi Menuhin
  3. Tchaikowsky - Le Lac des Cygnes - Yehudi Menuhin
  4. Beethoven - Rondo en sol majeur - Yehudi Menuhin
  5. Bloch - Avodah - Volker Biesenbender
  6. Lalo - Intermezzo/Symphonie espagnole - Yehudi Menuhin
  7. Ravel - Tzigane - Yehudi Menuhin
  8. Beethoven - Concerto pour violon et orchestre en ré majeur Op. 61 - Yehudi Menuhin
  9. Enesco - Sonate n°3 en la mineur Op. 25 - Yehudi et Hepzibah Menuhin
  10. Bartók - Sonate n°1 pour violon seul - Yehudi et Hepzibah Menuhin
  11. Bazzini - La Ronde des Lutins Op. 25 - Yehudi Menuhin
  12. Wieniawski - Scherzo-Tarentelle Op. 16 - Yehudi Menuhin
  13. Bach - Sarabande de la Suite en ré mineur - Yehudi Menuhin
  14. Schubert - Ave Maria - Yehudi Menuhin
  15. Raga Piloo - Traditionnel - Yehudi Menuhin/Ravi Shankar/Rakha/Chakravarti
  16. Gershwin - Summertime (arr. Max Harris) - Yehudi Menuhin/Stéphane Grappelli
  17. Wagner - Les Maîtres Chanteurs de Nuremberg (Ouverture) - Dir. Yehudi Menuhin
  18. Mozart - Concerto pour violon en la majeur - Yehudi Menuhin
  19. Bach - Concerto en ré majeur BWV1043 - Yehudi Menuhin/George Enesco
  20. Beethoven - Symphonie n°9 Choral Op. 125 - Dir. Yehudi Menuhin
  21. Dvořák - Danse slave en mi mineur n°10 - Yehudi Menuhin

 

Texte : Marianne Poncelet
Voix : Marie-Pierre Menzel
Illustration : Nadine Forster
Production artistique : Thierry Van Roy

Les droits d'auteurs des enregistrements musicaux sont la propriété de EMI Records Ltd. 1993.

Dernière mise à jour : ( 26-06-2007 )
 
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