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Les Enfants du rêve

Les enfants du rêve

Ayant substitué le temps mécanique du métronome au déroulement du temps biologique, ayant donné la prépondérance à la mécanique d'un oiseau immortel servant l'avidité de l'homme sur la vie et la mort, ayant servi le dieu du Feu avec le pétrole brut en flamme, nous nous sommes éloignés, souvent sans nous en rendre compte, de la vérité qui unit... qui est universelle. Nous pensions pouvoir construire un monde équilibré avec des « erzatz », des fausses imitations ou même des fonctions perfectionnées dans leurs spécificités mais incapables de combler simultanément les êtres que nous sommes, nos sociétés et notre avenir. Et nous ne consommons plus que des substituts de vérités. Nous assouvissons notre soif avec des boissons artificielles. Nos émotions et nos pensées sont dépourvues de chant, de musique, de passion cultivée. Elles sont dépourvues de cœur.

Finalement, nous ne sommes possédés que d'un besoin mensonger et faux : l'argent qui peut tout, si on en a suffisamment. L'argent qui peut apaiser et satisfaire instantanément ! Ayant oublié tout autre vrai besoin, c'est l'argent seul, c'est la domination seule des autres, de leurs produits et de leurs vies qui nous intéresse. Nous avons oublié que celui qui reçoit beaucoup doit beaucoup donner, que l'argent est une force en mouvement qu'il convient de ne pas retenir si nous souhaitons multiplier les échanges et spiritualiser la matière.

Mais dans nos esprits pervertis, la pureté de l'or et la noirceur du liquide sont interchangeables, réduites à une valeur commune. Ce métal incorruptible sert de contre-valeur en soi et la noirceur caractérise les accumulations liquides ou solides, le pétrole et le charbon, les fossiles de nos ancêtres, alors que seule la vie se prête au feu et à la combustion.

Poursuivre dans cette voie mènera à la destruction de nos esprits, de nos âmes et de nos corps. Un suicide collectif, simplement parce que nous nous sommes rendus insensibles aux voix d'enfants, à nos propres besoins profonds d'affection, d'amitié, de loyauté, d'amour, de santé physique et mentale.

Mais pourquoi les "réalistes" qui ne vendent que des cauchemars auraient-ils davantage raison que les rêveurs du possible ?

Voilà comment j'ai essayé d'expliquer l'origine de ce conte écrit par Marianne Poncelet, une âme pure et équilibrée, issue des forêts ardennaises, dont la collaboration représente pour moi un don des plus précieux dans une vie qui me semble n'accumuler que des dons bénéfiques. Comblé par une famille unie, des amis proches et des créateurs sublimes, je tente de rééquilibrer cette chance unique, j'essaie de redresser le bilan trop favorable de ma vie en cherchant toujours comment rendre la parole et le message de la musique plus compréhensibles et plus convaincants dans la vie des autres, dans celle des enfants surtout, à travers leur éducation. Malgré mes maintes tentatives, je n'accumule que davantage d'aide et d'affection. Le bilan n'est donc toujours pas équilibré. Je reste endetté de la vie et je l'embrasse en toute humilité et en toute reconnaissance.

 

Yehudi Menuhin


Dernière mise à jour : ( 28-05-2007 )
 
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20 mai 2012
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